jeudi 23 novembre 2017

LE HARFANG NOUVEAU N°51 EST ARRIVE


Au cœur de l’automne, les jours diminuent, les feuilles tombent…
Le refrain est connu...  
...mais bonne nouvelle : le Harfang nouveau
(à lire sans modération) est arrivé…
le même jour que le Beaujolais nouveau !
 
Et rien n’interdit de cumuler les petits plaisirs !
Le plaisir d’une petite dégustation de cerises et de mûres au seuil de l’hiver en compagnie de C. Madezo.
Le plaisir d’une promenade exotique entre Tokyo et Kyoto en compagnie d’A. Bensoussan.
A moins que vous ne préfériez, pour fuir la grisaille automnale, « aller dans le grand vent » avec E. Favier qui vous invite à une promenade à cheval…
Ou encore avec L. Albert qui vous fait découvrir un paysage digne du « commencement du monde ».
Ou enfin partir en voyage, photographie à la main, à la recherche de souvenirs anciens en compagnie de S. Maresca…
Sans oublier le meilleur : le plaisir d’une petite rêverie érotique sous la couette avec S. Rochon qui mêle si bien l’amour des mots et les mots de l’amour.
 Avec Harfang tous les plaisirs sont permis … pour 12 € seulement. Alors n’hésitez plus !
Harfang N° 51, 110 pages, 12 €
Harfang 13bis avenue Vauban 49000 ANGERS

mardi 24 octobre 2017

PRIX DE LA NOUVELLE D'ANGERS 2018 (7e édition)


Le compte à rebours est commencé… Il ne reste plus que 100 jours exactement avant la clôture des envois pour participer à notre septième édition du Prix de la nouvelle de la Ville d’Angers, organisé par l’Association Nouvelles R et le revue Harfang en partenariat avec la Ville d’Angers et les éditions Paul&Mike.
Alors, si vous voulez succéder à Estelle Granet (Lauréate 2014), à Emmanuel Roche (Lauréat 2016), c’est le moment de peaufiner vos nouvelles et la composition de votre recueil, de chercher un titre accrocheur, de penser à la couverture et la reliure…

 
Dans 100 jours, il sera trop tard…
Dans 100 jours, nous connaîtrons alors le nombre des recueils en compétition qui seront mis en lecture auprès des juré(e)s !
Et dans 365 jours, il ne restera qu’un recueil que les éditions Paul&Mike dévoileront le jour de la remise du Prix.
C’est peut-être votre recueil qui succèdera à « Sept fois presque rien » d’Estelle Granet, à « Un piano à la Nouvelle-Orléans » d’Emmanuel Roche…

Ces recueils sont encore disponibles contre un chèque de 10 € franco de port, auprès de l’Ass. Nouvelles R (13bis avenue Vauban 49000 Angers)

Outre la (re)lecture du règlement, voici quelques conseils et rappels qui répondront à vos interrogations

1 Privilégiez l’impression recto-verso plus écologique et plus économique

2 N’oubliez pas la reliure du recueil (sans agrafes SVP), la pagination et le sommaire

3 Postez en tarif normal (surtout pas en recommandé) ou économique vos 3 exemplaires dès le 1 janvier 2018 et avant le 31 janvier (cachet de la poste faisant foi) en joignant un chèque de 10 € et votre fiche de participation.

 A bientôt le plaisir de vous lire

dimanche 2 juillet 2017

PRIX BOCCACCE 2017 à Sylvie DUBIN !

 

   Et un ! Et  deux ! Et trois !

 

 
Soulignons cette performance, rare dans le petit monde de la nouvelle : trois prix pour Sylvie Dubin et son recueil "Vent de boulet" (édité chez Paul&Mike).
Prix Oroir'elles en novembre dernier, Prix Inter'halles à Decize, le mois dernier... et maintenant le Prix Boccace. Après une belle compétition entre les 4  autres finalistes : L’Orient est rouge de Leïla Sebbar, Une poule rousse et autres nouvelles de Claire Veillerai, Dernier avis avant démolition de Fabien Maréchal, Déviations et autres détours de Valérie Cachard...
 
Christiane Baroche remettant son Prix à Sylvie Dubin
 
Le jury, composé entre autres de C. Baroche, J.-N. Blanc et J.-M. Blas de Roblès, a tranché.
 
 
Rappelons que "Vent de boulet" était notre "coup de cœur" en 2016. Recueil de 13 nouvelles sur la guerre 14-18, mêlant avec virtuosité faits réels et personnages inventés, remarquable par sa composition et son écriture. Recueil à lire d'urgence pour ceux qui ne l'auraient pas encore lu.
Rappelons aussi que l'on peut lire des nouvelles et entretien de S. Dubin dans les N° 33, 37, 46 d'Harfang. 
Rappelons enfin que le premier recueil de S. Dubin ("Selon elles", chez Siloë) avait reçu le Prix de la nouvelle de la ville d'Angers en 2010.
Un beau parcours pour cette nouvelliste et compétitrice hors pair !

lundi 19 juin 2017

COUPS DE CŒUR POUR L’ETE : M. BAGLIN, F. BARTELT, A. BENSOUSSAN, M. MARTIN


Dans les nombreux recueils reçus en service de presse ces derniers mois, Harfang a lu et retenu pour vous quelques pépites qui ne fondront pas au soleil de l’été. À lire indifféremment sur le sable de la plage ou à l’ombre d’un grand chêne, lors d’une pause après la baignade ou après l’escalade d’un pic rocheux…
Il y en a pour tous les goûts, tous les lieux et tous les moments.
 Une fois n’est pas coutume et parce que les nouvelles ne sont pas qu’hexagonales, mais multiformes et « sans frontières », Harfang vous avoue qu’il se délecte parfois de traductions. Il vous recommande la réédition en livre de poche des nouvelles de Louise Erdrich :
Surprise garantie à chaque page !
 
À déguster sans modération…
Bon été et bonnes lectures !
 
Eaux troubles, Michel Baglin, Ed. Petra, 196 p., 16 €
Les « eaux troubles » du titre sont présentes dans chacune des 15 nouvelles de ce recueil qui naviguent entre réalité (des histoires puisées dans une longue carrière de journaliste) et fiction (quand l’imagination s’en mêle). Les fidèles lecteurs d’Harfang (N°40) ne s’y tromperont pas en se souvenant de ce dialogue dans « Le lézard rouge » : « le journaliste ramène des informations… [..] le nouvelliste, le poète n’ont dans leurs bagages qu’une émotion à partager » (p. 43). Car l’imagination, l’émotion viennent troubler le réel tout comme le passé vient troubler le présent : certaines vieilles histoires, certains souvenirs de la Guerre d’Espagne, de la Résistance, de Mai 68 reviennent soudain à la surface. On plonge ainsi dans les « eaux troubles » de l’âme d’une vieille grenouille de bénitier qui dénonce les jeunes résistants.
 
On plonge dans les souvenirs de Léa à l’occasion d’une visite et d’un reportage sur un barrage et qui se souvient d’un grand-père parti récupérer sous l’orage un chat qui se noyait et qui réalise alors que c’est « un peu de son enfance qui se noie » (dans « Remous »).
On plonge dans la conscience de l’ingénieur chargé de construire un pont : n’est-elle pas aussi troublée par la présence d’un vieillard qui lui rappelle que le gué est maudit depuis la mort d’une trentaine de personnes et par la vieille légende du  « Gué des Pèlerins » ?
On plonge aussi dans la conscience de Gilbert qui doit avouer la vérité sur la course qu’il a menée lors du Spartathlon (qui commémore le trajet de Philippidès en 490 av. J.-C.).
On plonge encore dans le passé d’Abderrahmane en passant à Constantine sur le pont d’El-Kantara qui lui rappelle le suicide de son fils (dans « Les rumeurs du Rhumel »). Ou enfin dans le passé de Bastien qui descend le cours de la Garonne en remontant le cours de sa vie et en demandant à son fils d’en fixer les étapes sur la pellicule (dans « L’eau douce »).
L’écriture n’est-elle pas cette nage en « eaux troubles » ? N’est-ce pas ce que M. Baglin lui-même raconte quand il repense à « la source », cette histoire qu’il avait écrite quand il était jeune, puis qu’il avait abandonnée et qu’il reprendra « quelques années plus tard afin d’en tirer une nouvelle » (p. 156) ?
Les « eaux troubles » comme source de toute écriture.
 (Lire aussi nouvelle de M. Baglin dans Harfang N° 40)

Comment vivre sans lui ?, Franz Bartelt, Gallimard, 270 p., 18 €
Dans ces treize nouvelles, on rit et on grince des dents. On oscille entre Marcel Aymé et Alfred Jarry. L’humour y est souvent noir et acide. La logique y est parfois poussée jusqu’à l’absurde.
Dès la première nouvelle qui donne le ton et son titre au recueil, on assiste à la mort de Kevin Push, illustre rhumatologue « reconverti dans la chanson humanitaire de variété » dont la mort entraîne inexorablement celle de tous les fans qui le vénéraient dans le monde entier… à l’exception d’un survivant qui n’aimait personne !
Dans une autre, un artiste convaincu que le public a besoin de nouveauté décide de changer de nom chaque jour. Cela devient un vrai travail d’artiste d’inventer « dix mille noms » : Fripounet Dencreuze, Jésus Sek, Balthasard Poibleu, Armand Gondrineau… ou Marcellin Lapierre le jour où en renouant un lacet  de chaussure, il rencontre Fagnette. C’est le coup de foudre… mais de jour en jour,  les Louis Ohnet, Rhino Poupinet et autres Oscar Montello ont du mal à faire oublier Marcellin à Fagnette !
Ce « travail d’artiste », celui d’inventer des noms et des vies, n’est-ce pas justement celui de l’écrivain ? F. Bartelt y excelle particulièrement, il a le génie des noms. Rien que dans ce recueil, il entre en concurrence avec l’annuaire téléphonique ou au moins la liste des personnages balzaciens de la Comédie humaine !
Ne serait-ce qu’avec la liste des élèves de la classe du professeur Marchou : Raviola Beuze, Yonesse Polloque, Bavarine Ducosy, Gayette Chufrane…etc.  Noms charmants pour ces jeunes filles qui ont cependant le projet de « mise à mort » de leur professeur grâce à une « concentration haineuse » en le regardant intensément, en fixant son œil droit jusqu’à ce que mort s’ensuive !
Enfin que dire de ce berger allemand qui, lui, ne réagit à aucun des noms que son maître s’échine à lui donner et qui un jour réagit enfin devant un film télévisé en attendant des soldats allemands crier « Heil Hitler ! ». Désormais il s’appellera « Heil Hitler »… ce qui ne sera pas sans conséquences fâcheuses pour son maître !
Parmi les nombreux plaisirs que procure la lecture de ce recueil, nous retiendrons surtout ce plaisir de la multiplication des pseudonymes et de la création poétique qui irrigue chaque nouvelle.
(Lire aussi nouvelle de F. Bartelt dans Harfang N° 29)

L’anneau, Albert Bensoussan, Al Manar, 116 pages, 20 €
Livre du commencement et de la fin, ce recueil s’ouvre et se ferme sur « l’anneau » que la mère portait au pied. Bracelet représentant un serpent, tel le mythique Ouroboros. Mais aussi métaphore de l’auteur qui en sa vieillesse fait un retour nostalgique sur ses souvenirs d’enfance «  car les récits à l’orientale serpentent comme les ophidiens qui finissent toujours par se mordre la queue ou la tête » (p.98). A. Bensoussan raconte alors son enfance et son adolescence dans une Algérie où juifs, chrétiens et musulmans mêlaient leurs traditions, où chez le boulanger « les Italiens amenaient là leurs pizzas, les Catalans leurs mounas et les Juifs leurs pains tressés ».
 
Il fait revivre les saveurs des « bestels à la confiture d’orange, mekrouds de semoule, galbelouzes à la fleur d’oranger ». Dans « Alger, mon doux parfum »  tout se mêle, tous les sens sont en alerte. « Les odeurs s’accordent aux couleurs : le rouge du piment, le blanc des anis ». C’est une débauche de fleurs : roses, jasmin, glycine… C’est une débauche d’épices : cardamome, cannelle, gingembre, carvi pour le couscous. Plaisir des sens, plaisirs du corps. C’est le temps des messages au hammam et des bains dans la méditerranée ; C’est le temps du premier baiser avec Fatiha, de la « première femme », des premières amours.
Enfin, plaisir des mots, incrustés comme des pierres précieuses, les mots mêlés de français, d’arabe, d’espagnol, d’hébreu, d’italien. Ceux qui résonnent en la mémoire : ceux du père qui joue au jacquet, ceux entendus à la prière dans la synagogue… sans oublier « le you-you de maman ».
Chaque nouvelle, chaque récit est comme une perle enfilée sur le bracelet que le souvenir égrène.
(Lire nouvelles et entretien d’A. Bensoussan in Harfang N° 21, 22, 27)
 
La vie devant elles, Maryline Martin, Éditions Glyphe, 136 p., 12 €
Après Les dames du chemin, premier recueil remarqué paru en 2004 qui évoquait la vie des femmes pendant la guerre 14-18, M. Martin poursuit avec ce nouveau recueil thématique féministe.
En quinze nouvelles, elle raconte la vie de quinze femmes qui ont traversé le siècle dernier. 
Le recueil s’ouvre sur les guinguettes des bords de Marne, sur les ateliers de peintres et sur Bertille qui signe sa toile « Ile d’amour ».
Entre les violences de l’Histoire, on s’y fiance, on s’y marie (un  2 août 1914 !). On y croise les femmes ou les amantes des poilus qui partent à la guerre (certains n’en reviendront pas, d’autres reviendront en « gueules cassées »). Celles qui vivent au rythme des grossesses, des naissances ou qui choisissent, comme Françoise, l’avortement. Celles qui fuient les violences d’un beau-père et qui partent, comme Anna, à la recherche de son vrai père du côté de Berlin. Celles qui essaient d’oublier la guerre, de retrouver une identité et d’effacer le numéro tatoué sur leur bras, comme Rachel, qui revient des camps allemands. Celles encore qui, comme Leïla, refusent le mariage forcé que la tradition lui avait réservé. Celles enfin qui, comme Aminata, choisissent la violence pour échapper aux proxénètes, aux années de viol et de prostitution. 
Et on sourit aussi face à l’optimisme de Loulou, la petite trisomique qui s’apprête à rejoindre son amoureux ou à celui de Suzon qui s’apprête à danser pour fêter son centenaire dans sa maison de retraite où l’on a accroché un vieux tableau signé… Bertille !
Ainsi ces quinze femmes ont dansé leur vie, et tout l'art de M. Martin est d'avoir composé une ronde où l'on passe avec légèreté d'une vie à l'autre. Le temps qui passe et revient est alors ce fil ténu sur lequel s'enfilent, comme les perles d’un collier, les vies de ces femmes d’hier et d’aujourd’hui.
Et derrière les quinze prénoms (qui donnent le titre des nouvelles), on peut se demander si ce n’est pas toujours la même femme, car sans paraphraser un illustre devancier, « la quinzième revient… et c’est encore la première ».

 

samedi 20 mai 2017

HARFANG 50... c'est la fête des harfangs !


Ce numéro 50… c’est  la fête aux harfangs !
Pour la première fois en 25 ans d’existence, nous avons décidé de rendre un hommage littéraire à notre chouette harfang fétiche.
Car si, de manière générale, le harfang des neiges est rare, les plumes de harfang sont encore plus rares en littérature.
 

 
Souvenons-nous du harfang que Jules Verne fait planer sur la dernière page des Indes Noires (1877) ou plus récemment d’Hedwige, la chouette harfang porteuse de bonnes nouvelles que J. K. Rowling fait apparaître dans  Harry Potter et l’école des sorciers (1997) avant de la faire disparaître après des années de bons et loyaux services, pendant la bataille des sept Potter dans l’ultime tome Harry Potter et les reliques de la mort (2007).



 
Pour poursuivre la saga des harfangs, nous avons demandé à quelques nouvellistes contemporains de nous raconter les histoires fantastiques de cet harfang légendaire : J. Abeille (avec « L’invention de l’écriture »), É. Faye (avec « Ookpik »), É. Pessan (avec « L’absence d’une histoire ») ont répondu sans hésiter à son appel.



 
 Et parmi les bonnes nouvelles d’harfang, nous avons aussi sélectionné d’autres aventures : celle  d’« Avidona » de Gérard Bastide (lauréat du Prix Harfang 2004), celles du « Jour de la Harfang » de Guillemette de Grissac et celle de la « Reine des neiges » de Nadine Effray.

 
Bel hommage donc à tous ces harfangs réels ou imaginaires qui traversent la réalité comme la fiction depuis des lustres… et qui rejoignent dans la légende ceux de J. Verne et de J. K. Rowling !
 

 
Harfang N° 50   96 pages   12 €
13 bis avenue Vauban 49000 ANGERS

lundi 27 mars 2017

MEILLEURES MICRO-NOUVELLES 2016

Pour la cinquième saison, notre rubrique « 100 mots pour le dire » a connu une pause, faute d’envois en quantité et en qualité. Cependant comme les années passées, parmi celles que nous avons publiées sur le blog et après le vote des lecteurs habituels du comité d’Harfang (différent de celui des « micro-nouvelles) nous avons choisi «Nettoyage à froid » de Charles Louis comme micro-nouvelle de l’année 2016 !
Il gagne un abonnement d’un an à la revue.
Nous la re publions ci-après… ainsi que celle classée en seconde position : « Pont » de Régine Bobée.
Pour que l’aventure se poursuive de manière continue en 2017,  n’hésitez pas à nous adresser une « micro-nouvelle » de 100 mots maximum (contrainte impérative) à l’adresse suivante :
Nettoyage à froid
par Charles Louis

Dans les séries, le meurtrier fait disparaître les traces de sang sur ses mains en quelques secondes. Un filet d'eau suffit. Il faut en réalité beaucoup plus de temps, laver avec application surtout au niveau des jointures si on a cogné, sous les ongles et jusqu'aux cuticules quand il a fallu griffer. Le nettoyage des vêtements aussi est chronophage. À l'eau vinaigrée très froide - jamais d'eau chaude car le sang coagule - et à la brosse à poils souples. Il faut patiemment frotter le tissu dans le sens des fibres. En général, après cela, je dors toute la journée.

 © Charles LOUIS (Mars 2016)

 Pont 

par Régine Bobée

Cent ans qu’ils m’ont construit pour relier la ville à cette zone industrielle. Je suis le pont de fer, là-bas derrière, en toile de fond. Avant, la rivière était claire, les mômes s’y baignaient. Ces deux là en étaient. La vie a suivi son cours. Ils n’ont jamais quitté cette rive. Jamais posé un pied sur mes traverses. Leurs enfants sont passés, pour aller travailler... Peut-être qu’un jour leurs arrière-petits-enfants pourront à nouveau se baigner dans la rivière. On ne sait pas... Je suis le pont, la barre de fer qui raye leur horizon. Bientôt, je tomberai à l’eau, en morceaux.

© Régine BOBÉE (Avril 2016)

 

dimanche 5 février 2017

Dernières nouvelles d’Annie Saumont

Depuis le 31 janvier, nous n’avons plus de nouvelles d’Annie Saumont.


Photo Michel Durigneux


Elle qui depuis 1969 (La vie à l’endroit) n’a jamais cessé de nous donner des nouvelles. Avec plus d’une quarantaine de recueils. Recueils, traduits dans une quinzaine de langues et récompensés, entre autres, par l'Académie Goncourt en 1981, la Société des Gens de Lettres en 1989 et l'Académie Française en 2003…

Nouvelles reconnaissables par un style dépouillé et par le langage oral caractéristique des personnages qu’elle met en scène (enfants, exclus, maltraités…) mais aussi par la grande diversité des sujets abordés, allant des petites scènes de la vie quotidienne jusqu’aux problèmes les plus inquiétants de nos sociétés contemporaines. De recueil en recueil, elle a constitué une véritable galerie de portraits, une véritable « comédie humaine » à la Balzac. Mêlant le léger et le grave, le sérieux et l’humeur… sans jamais se départir d’une très grande humanité !

C’est sans doute pour cela qu’elle est aujourd’hui reconnue par tous comme LA nouvelliste française contemporaine et que ses textes sont étudiés au collège, au lycée et à l’université en France et à l’étranger… et proposés comme modèles dans les ateliers d’écriture.

 À quand une édition regroupant l’intégralité des nouvelles écrites par Annie (il y en a au moins 365, une pour chaque jour de l’année)… à quand ce bréviaire sur papier bible que chacun pourra lire le soir ?
 
Harfang avait croisé sa silhouette de « petite souris grise » à lunettes (selon l’expression de son ami J.-N. Blanc) lors d’un Festival de Saint Quentin au début des années 90. Déjà connue, elle faisait partie des « VRP de la nouvelle » selon l’expression de René Godenne avec ses amis Christiane Baroche, Georges Olivier Châteaureynaud, Paul Fournel, Jean-Noël Blanc et quelques autres. Puis ce furent de nombreuses rencontres, des échanges, des lectures à Angers, à Paris, à Ozoir-la-Ferrière en 2008… et à Angers de nouveau en 2009 (lire les extraits de l’entretien ci-dessous) sans oublier les publications dans les N° 35 et N°40.

 
Bibliographie (extraits)

 
Enseigne pour une école de monstres         Gallimard                                 1977
Dieu regarde et se tait                      Gallimard 1979, H.B. Éd.                    2000
Quelquefois dans les cérémonies     Gallimard                                            1981
Prix Goncourt de la nouvelle
Si on les tuait ?                                 Luneau-Ascot  1984,   Julliard            1994
Il n’y a pas de musique des sphères Luneau-Ascot                                      1985
La terre est à nous                            Ramsay 1987,  Julliard                        2009
Prix de la Nouvelle de la ville du Mans
Je suis pas un camion                       Seghers                                               1989
Prix SGDL de la nouvelle
Quelque chose de la vie                    Seghers            1990, Julliard              2000
Le pont, la rivière                             A.M. Métailié                                      1990
Moi les enfants j’aime pas tellement           Syros-Alternatives                   1990
Les voilà quel bonheur                     Julliard                                                1993
Prix Renaissance de la nouvelle
Après                                                 Julliard                                                1996
Embrassons-nous                              Julliard                                               1998
Noir comme d’habitude                    Julliard                                               2000
C’est rien ça va passer                      Julliard                                               2001
Le lait est un liquide blanc              Julliard                                                 2002
Aldo, mon ami                                   Flammarion                                        2002
Les derniers jours heureux              J. Losfeld                                            2002
Un soir, à la maison                         Julliard                                               2003
Prix de la nouvelle de l’Académie Française
Les blés                                              J. Losfeld                                            2003
Nabiroga                                           J. Losfeld                                            2004
La guerre est déclarée et autres nouvelles                                                  2005
koman sa sécri émé                           Julliard                                               2005
Un pique-nique en Lorraine            J. Losfeld                                            2005
Un mariage en hiver                        Éd. du Chemin de fer                           2005
 
Qu’est-ce qu’il y a dans la rue…     J. Losfeld                                            2006
La rivière                                          Éd. du Chemin de fer                           2007
 
Vous descendrez à l’arrêt Roussillon          Bleu autour                              2007
Les croissants du dimanche             Julliard                                                2008
Gammes                                             J. Losfeld                                            2008
Une voiture blanche                         Bleu autour                                          2008
Autrefois, le mois dernier                 Éd. du Chemin de fer                           2009
Encore une belle journée                 Julliard                                                 2010
Le tapis du salon                              Julliard                                                 2012
Le Pont                                              Éd. du Chemin de fer                           2012
Un si beau parterre de pétunias       Julliard                                                 2013
Tu souris tu accélères                       Éd. du Chemin de fer                           2013
 

Rencontre avec Annie Saumont

 

le 19 novembre 2009 à la Bibliothèque anglophone d’Angers

& dans Harfang N° 35

 
Vos premières publications sont des romans. Pourquoi êtes-vous « passée » à la nouvelle ? Que vous apporte la nouvelle que ne vous apporte pas le roman ?

 A. S. : Je n’ai pas commencé par écrire des romans. J’ai toujours voulu écrire des nouvelles. Peu de temps après mon arrivée à Paris, je suis allée aux Editions de Minuit proposer un recueil à Jérôme Lindon. Il m’a dit qu’on ne débutait pas une carrière d’écrivain par des nouvelles. « Écrivez-nous un roman ».
J’aime lire des nouvelles et j’aime lire des romans. Mais je n’écris que des nouvelles.

 Depuis vos premiers recueils, on peut remarquer une grande cohérence (notamment de style) et aussi une grande variété dans les sujets abordés. Comment arrivez-vous à concilier unité et diversité dans la composition de vos recueils ?

 A. S. : Le style est sensiblement toujours le même. Ou du moins il évolue peu. Les « histoires » doivent être variées sinon c’est l’ennui. Je fais ça « au feeling ». Pardon pour l’anglicisme, en suivant… une intuition ? Disons que je fais « de mon mieux ».

 Avez-vous des recettes pour « dégraisser » le texte et arriver à ce style très épuré, qui est une de vos caractéristiques ?

 A. S. : Pas de recette. J’écris … et ça ne va pas. Je recommence. Ça va mieux…mais. Je reprends interminablement. Je sens que ça ne vaut rien, je jette. Ou je garde des paragraphes qui resteront inemployés. Puis, tout d’un coup ça marche. Ou bien je crois que ça va marcher. Et c’est un leurre. C’est dur, l’écriture.
Des recettes pour dégraisser ? Là, oui. On enlève.

 Vous traquez les clichés en utilisant le contrepied, la surprise, la chute… Vous raturez et recherchez l’ellipse pour valoriser l’implicite, le non-dit…

A. S. : Mon ami Jean-Noël Blanc et moi nous échangeons nos textes. Nous ne nous faisons pas de cadeaux. Il me dit souvent « C’est utile ça ?». Souvent je barre.
Mais il ne faut pas exagérer. À force de dégraisser on peut n’avoir plus qu’un squelette. Le texte doit « faire sens ». En fait on ne doit enlever que ce que le lecteur sera capable d’imaginer lui-même, parce que le lecteur a son rôle à jouer. L’auteur laisse des trous et le lecteur les bouche. La nouvelle est « sans le lecteur, quelque chose qui n’est pas encore écrit » (Maurice Blanchot)

 Votre travail de traductrice (de l’anglais) a-t-il eu une influence sur votre écriture ?

 A. S. : Pas directement. Mais c’est toujours utile pour un écrivain d’entrer dans le style d’un autre auteur et de s’y tenir. Bon exercice.

 Vos nouvelles donnent vie aux petits riens de la vie quotidienne et donnent voix à une théorie de paumés, d’exclus, d’orphelins, de vieux oubliés, de femmes larguées. En quoi est-ce primordial pour vous de donner la parole à ceux qui en sont dépourvus : les enfants (par définition) et les adultes maltraités par la vie et parfois l’Histoire ?

 A. S. : Il faut du tragique dans une nouvelle. Je choisis mes personnages en conséquence. Raymond Queneau disait que le bonheur ne se raconte pas (même si je ne sais plus les termes exacts qu’il employait).

Êtes-vous d’accord lorsqu’on qualifie vos textes de « noirs… comme d’habitude » pour reprendre un de vos titres ?

A. S. : Oui, ou dans les tons de gris jusqu’au noir. Avec de l’humour qui les éclaire.

 Parallèlement à votre fidèle éditeur Julliard, vous avez privilégié ces dernières années la publication de nouvelles « un peu plus longues » chez de petits éditeurs : Métaillié, Joëlle Losfeld et dernièrement Le Chemin de Fer… Pourquoi ?

 A. S. : Je ne sais pas dire non.

Y-a-t-il une place pour la nouvelle en général (vos nouvelles en particulier) en dehors des revues et des recueils ? 

A. S. : Mes nouvelles ont souvent servi de « matériau » aux gens de théâtre. Plusieurs ont été réalisées en court métrage. J’ai moi-même fait pour France-Culture des adaptations radiophoniques, sans rien changer au texte. Enfin des comédiens, en ces temps de « lecture à voix haute » les lisent en public.
J’aime aussi… les lire moi-même.
 

Et ce soir là, elle avait tenu à rester debout plus d’une heure et demie pour lire ses nouvelles et pour répondre au public. Bon pied, bon œil. Voix ferme et œil malicieux devant l’objectif du photographe Michel Durigneux.

Commentant la couverture de son recueil Dieu regarde et se tait (2000), elle disait de Dieu qu’il « regarde en haut… Il ferait mieux de regarder en bas »
Aux dernières nouvelles, il paraît que de là-haut, elle regarde en bas et qu’elle continue à écrire des nouvelles !
Alors on attend avec impatience des « nouvelles de là-haut », ce sera peut-être le titre de son prochain recueil ?