jeudi 22 mars 2018

En attendant le Prix 2018… retour sur les lauréats et finalistes des éditions précédentes
 
Que sont-ils devenus ?  Qu’ont-ils publié ? Depuis la première édition en 2006, nous avons toujours essayé de suivre leurs « traces » éditoriales. Pour chacun d’entre eux, le Prix de la Nouvelle d’Angers était leur première publication… mais loin de s’arrêter là, ils et elles ont poursuivi leur chemin d’écriture. En voici la preuve avec leur bibliographie qui n’a cessé de s’allonger d’année en année… Histoire de donner envie de découvrir et/ou de (re)lire des recueils de qualité.
 
 
Rappelons pour mémoire les lauréat(e)s et les finalistes
 
En 2006, la lauréate était Patricia Chauvin-Glonneau  avec Au gré des îles et des fantasmes (Siloë). Depuis, outre des nouvelles publiées dans les N° 31 & 34 d’Harfang, elle a publié un recueil en 2015 :

 
Le regard d’Edith, P. Chauvin-Glonneau,  éditions La Simarre, 92 p.
(Compte-rendu à lire dans Harfang N° 46)
Quinze courtes nouvelles (d’une à huit pages) comme autant de devoirs de mémoire, rappelant personnes ou événements liés aux guerres du siècle dernier : guerre d’Espagne, seconde guerre mondiale… et tout ce qui en résulte : bombardements, déportations, occupation, actes de résistance…
Quinze nouvelles comme autant de commémorations qui valent bien des minutes de silence, des cérémonies du souvenir et des plaques commémoratives !

 
En 2008, le lauréat est  Marc Bénard avec Vestiges du déchirement (Siloë). S’il n’a publié aucun recueil, il n’en est pas mois actif en poursuivant son travail d’édition au sein de l’APA (Association pour l’autobiographie et le patrimoine autobiographique) et en publiant ses nouvelles dans Les Cahiers de l’APA… sans oublier Harfang auquel il reste fidèle en publiant des nouvelles inédites dans les N° 38, 47 & 49.

 
Parmi les finalistes, Benoit Camus  s’est fait remarquer avec plusieurs publications dont un recueil de nouvelles Import-export en 2012,  Le bunker, troisième témoignage en 2015, Chroniques d’un père au foyer en 2017 tous publiés aux éditions J. Flament. Et bientôt paraîtra La mort du dauphin François (15 K éditions).
 

Import-export, Benoît Camus, Ed. Jacques Flament

Les êtres humains sont-ils des marchandises, comme pourrait le laisser supposer le titre de ce recueil et comme le montrent certains faits divers à la une des médias ? Exilés ou émigrés contraints de quitter leur pays, clandestins traversant les frontières souvent arrêtés ou refoulés, sans papiers frappant aux portes de nos pays qui  leur semblaient un eldorado…  La liste est longue et nous est connue... B. Camus nous plonge au cœur des tragédies de notre époque moderne, dans la conscience des marins se demandant s’il faut jeter les clandestins par-dessus bord, dans celle du policier s’interrogeant sur la nécessité d’arrêter ceux qui franchissent la frontière. Ni discours, ni morale de la part de l’auteur, certaines nouvelles se terminant non par la chute fatale… mais par une ouverture sur un avenir incertain !


De son côté, Annick Demouzon a poursuivi ses publications en revues et multiplié les récompenses, notamment pour ses deux recueils parus en 2011 : Virage dangereux dont la nouvelle titre a été publiée dans Harfang N°33 (Édition le Bas Vénitien – Prix Agora) et  À l'ombre des grands bois (Éditions du Rocher - Prix Prométhée) (Compte-rendu à lire dans Harfang N° 40) :







 À l'ombre des grands bois, A. Demouzon, Le Rocher, 168 p.

La photographie est au centre de chacune des quatorze nouvelles de ce recueil. Loin d’être un instantané, un cliché qui fixerait et figerait une scène ou une situation… chacune nouvelle révèle ce qui est caché à première vue. On lève le voile noir sur celui qui a pris la photo, sur les conditions de la scène ; on s’attarde sur le prétexte (ce qui s’est passé avant), sur le contexte (ce qu’il y a à droite, à gauche, à côté, au-dessus…).
Chaque nouvelle devient donc la légende d’une photo qui guide le lecteur vers ce qu’il s’agit de lire au-delà des apparences.



 
En 2010, Sylvie Dubin est la lauréate avec  Selon elles (Siloë). Poursuivant sur sa lancée, elle est lauréate de nombreux prix de nouvelles (Calypso…) et publie en revues  comme L’Encrier renversé et bien sûr Harfang N°37 & 46. En 2015, elle publie un deuxième recueil :

 
L’empouse et autres écarts, Sylvie Dubin, Paul&Mike, 258 p.
(Compte-rendu à lire dans Harfang N° 46)
Chacune des 14 nouvelles se situe entre rêve et réalité et repose sur un écart par rapport à la logique dans les actes les plus simples de la vie quotidienne. Écart aussi par rapport aux codes et aux genres littéraires. Écart de langage enfin qui génère souvent l’histoire elle-même.
Avec son lot de miroirs, de doubles, de cercles et de labyrinthes, on se trouve bien dans un univers fantastique ; mais au-delà des clins d’œil évidents à Borgès et Cortazar, dans cette bibliothèque infinie qui se tient à l’envers de ce recueil, il y a aussi des références à des livres et des auteurs imaginaires qui ne doivent pas faire oublier que l’humour est aussi un forme d’écart, une prise de distance par rapport au réel.

 
Puis en 2016 un troisième recueil historique exemplaire qui a obtenu (excusez du peu !) 3 prix : le Prix Ozoir’elles 2016, le Prix Litter’halles et le Prix Boccace 2017 :

 
Vent de boulet, Sylvie Dubin, Ed. Paul&Mike, 264 p.
(Compte-rendu à lire dans Harfang N° 48)


On peut ne pas aimer les recueils de nouvelles et on peut ne pas aimer les récits historiques, mais devant ce troisième recueil de S. Dubin, aucune généralité, aucun préjugé ne peut résister à la lecture !
De la première page de « Bleu horizon » qui raconte les signes avant-coureurs de la Guerre 14-18 à Merlet-Font avant la déclaration du 1er août jusqu’à la dernière page de « Blanc, bleu... » où l’on érige en 1920 un monument aux morts dans cette même commune de Normandie, le lecteur est plongé dans les petites histoires de la Grande Guerre.
Comme pour ses précédents recueils, S. Dubin a composé, organisé un ensemble unifié en procédant par parallélismes, reprises et effets de miroir. Mais l’originalité réside surtout dans le choix des sujets et dans le point vue qui surprend à chaque fois le lecteur qui peut alors s’interroger sur ces petites histoires qui font la grande Histoire.
Au final, ce recueil est beaucoup plus qu’un recueil de nouvelles, plus qu’un « roman-par-nouvelles », plus qu’un récit historique qui serait réservé à quelques amateurs de nouvelles ou de récits historiques. C’est un livre qui s’adresse à tous et que chacun doit lire, toutes affaires cessantes. 

 
En 2012, la lauréate est Marie Pontacq avec Coup de sang sous les flamboyants (Siloë). Depuis, outre son travail de traductrice, elle poursuit sa participation aux prix et concours (Prix Hervé Bazin de la microfiction 2016)  et la publication de nouvelles dans les N° 48 & 50 d’Harfang… et deux textes courts en 2016 :
 
 
La Chambre rouge de l’hôtel Sacher, Pontacq, J. Flament, 114 p.
Les compagnons du Flamboyant, Pontacq, Éd. du Jasmin, 192 p.
(Compte-rendu à lire dans Harfang N° 48)
Comment une fille peut-elle vivre à l’ombre d’une mère qui attire à elle toute la lumière ?
C’est la question que se pose celle qui fut conçue lors d’une rencontre de hasard, dans la célèbre Chambre rouge de l’Hôtel Sacher de Vienne, par sa mère, Terésa Stern (« étoile » en allemand), à la fois astre et star, qui a brillé sur la scène des théâtres du monde entier, collectionnant les succès et les amants.
Court roman ou longue nouvelle, l’étiquette ou l’appellation importe peu tant l’intensité du récit, la qualité du style et la beauté poétique de l’ensemble l’emportent sur toute autre considération.
Parallèlement, Marie Pontacq livre aussi un ouvrage pour la jeunesse Les compagnons du Flamboyant… comme une suite historique à son premier recueil Coup de sang sous les flamboyants, lauréat du Prix de la Nouvelle de la Ville d’Angers en 2012.

 
 En 2014, le Prix est attribué à Estelle Granet  pour Sept fois presque rien (D’Un Noir Si Bleu). Outre une nouvelle publiée dans le N° 49 d’Harfang, elle a terminé un roman qui n’attend plus que de trouver un éditeur !

 
Depuis, Anne-Claire Boshâ anime un atelier d’écriture et a publié un premier roman en 2015 :
Sur un cheveu, Anne-Claire Boshâ, Éditions J. Flament, 114 p.
(Compte-rendu à lire dans Harfang N°48)
Dans ce premier roman d’A.-C. Bosha (nouvelliste remarquée dans Harfang N° 45), deux histoires se superposent, s’entremêlent.
On suit d’abord la naissance de Laure, son enfance auprès d’une grand-mère qui ne supporte pas les pleurs, son adolescence entre la musique et les copains, ses premières amours (notamment avec Nathanaël qu’elle aime sans le dire). Puis viennent les années où elle déroule « le film avorté de ses amours fictives » et où elle s’enferme peu à peu dans un monde rêve qui la conduit vers l’hôpital et bientôt derrière les murs d’un asile.
Parallèlement, on découvre l’histoire de la grand-mère de Laure, partie en Indonésie dans les années 30. Retenue comme prisonnière à partir de 1942 par l’armée japonaise, elle fait alors connaissance avec « Banjoebiroe, les camps, les Japonais, les menaces, les drapeaux, la faim, la hantise des pleurs et des cris des enfants… » (p. 141) et elle ne retrouvera sa liberté qu’à la capitulation du Japon.
Entre la France et Java, entre hier et aujourd’hui, entre la grand-mère et la petite fille, entre le rêve et la réalité se tisse un roman de l’enfermement où la seule porte de sortie, le seul salut semble se trouver dans la création, dans l’écriture.

 

Julius Nicoladec  a publié Petits écarts un recueil qui rassemble une quinzaine de nouvelles écrites ces dernières années et primées en concours ou publiées en revues (Florilège, Harfang, Möbius, XYZ…) ou collectifs.








Marie Christine Quentin a publié son recueil finaliste Des bleus au ciel (L’Harmattan) en 2015 et  un second recueil A fleur de sel (L’Harmattan) en 2016. Elle est devenue la responsable de la collection « Nouvelles nouvelles » aux éditions L’Harmattan.




 
Gilles Verdet finaliste 2014, avec un recueil intitulé Fausses routes  (Rhubarbe, 2016), a reçu le Grand Prix de la nouvelle de la SGDL :

 
 Fausses routes, Gilles Verdet, Rhubarbe, 216 pages.
(Compte-rendu à lire dans Harfang N° 49)
Ici, le titre de ce recueil de cinq nouvelles noires n’est-il  pas d’emblée un signal de l’auteur pour prévenir les « fausses routes » inhérentes à toute lecture.
À peine le lecteur est-il arrivé à la troisième nouvelle intitulée « Prises de vue » qu’il est amené à retourner en arrière pour mieux démêler ce qu’il a lu et cru comprendre. 
Dans tous les cas, l’auteur, à l’image du Petit Poucet, a semé des cailloux que le lecteur devra suivre pour retrouver son chemin.
Rarement un ensemble de nouvelles a été aussi organisé pour composer -au sens où l’entendait J.-N. Blanc- un véritable « roman-par-nouvelles ». Les membres de la SGDL qui ont voté pour lui et lui ont attribué leur Grand Prix de la Nouvelle 2016 ne s’y sont pas trompés… et à travers lui, ils ont aussi récompensé le travail des éditions Rhubarbe et surtout d’Alain Kewes qui défend depuis des décennies la bonne nouvelle. 

 
En 2016, Emmanuel Roche était le lauréat avec Un piano à la Nouvelle-Orléans (Paul&Mike). Depuis, il a reçu le Prix jazz en Velay 2917 pour sa nouvelle « Orphée seul dans la foule ». Il prépare un nouveau recueil et participera au jury final du Prix 2018.

 
 Béatrice Chauvin Ballay a vu son recueil finaliste publié aux éditions Paul&Mike (être repérée par un éditeur membre du jury, ça aide !) :

 
Allez les filles, debout !, B. Chauvin-Ballay, Paul&Mike, 118 p.
(Compte-rendu à lire dans Harfang N° 51)
Béatrice Chauvin-Ballay, dans un style alerte, nous fait passer entre les mailles fragiles de ces Manon et ces Fanchon, qui chacune à sa manière, tente sa chance au casino de la vie.
Cet ensemble lié de 13 nouvelles annonce, par le rappel subtil des personnages de l’une à l’autre, qu’une communauté se forme autour des à-peu-près de la vie. Pas seulement faite de hasards, la vie, mais de rencontres. Il faut relier ces histoires, « comme les perles d’un collier ». Entrez dans la danse autour du Bar des tilleuls !
La vie est à tout le monde !


 
Quant à Pascal Quéré, avec beaucoup de ténacité, il a aussi réussi à publier son recueil finaliste :

 
Sous la couverture, Raphaël Morgano, 178 pages.
(disponible sur Internet en version numérique et papier)
Que se passe-t-il « sous la couverture » ? La première information réside dans le sommaire des 13 nouvelles dont le titre rime en «tion » : Fellation, Rotation, Hésitation, Provocation, Adaptation, Fiction, Autofiction, Substitution, Indécision, Érosion, Éclosion, Évasion, Concision. Cette énumération permet la compréhension des intentions de l’auteur ainsi que sa définition ou sa conception de la littérature, de la lecture en général et de la nouvelle en particulier... Et cela dès la première nouvelle qui met en scène les relations entre auteur et lecteur (lectrice) et dont la chute illustre à la perfection se qui se passe « sous la couverture » ! Mais aussi avec les multiples citations et références littéraires de Borgès à Cortazar en passant par Auster qui sont autant de clins d’œil, de connivences… et de pure jubilation. Et enfin avec la concision ultime qui clôt le recueil !
Cette belle unité méritait bien une mention !
 
En six éditions, le Prix de la Nouvelle d’Angers (actuellement le seul à primer et publier un recueil sur manuscrit tous les 2 ans avec pour objectif de  révéler de nouveaux talents) a offert aux lauréats une première publication qui a constitué pour chacun une étape importante. Ils ont tous (ou presque) poursuivi leur chemin d’écriture à travers une ou plusieurs publications.
 
Quant aux finalistes, la plupart ont réalisé la publication de  leur manuscrit dans l’année qui a suivi le prix et par la suite ont publié un ou plusieurs recueils.

jeudi 8 février 2018

PRIX DE LA NOUVELLE 2018 : 111 recueils sur la table, la partie ne fait que commencer !


111…
c’est le nombre de recueils enregistrés à ce jour pour participer à la septième édition du prix de la Nouvelle d’Angers...
111 recueils en compétition qui seront répartis en 6 paquets de manière aléatoire et distribués à partir du 15 février aux 18 juré(e)s.
 
Alors la partie commencera vraiment…

D’abord chaque recueil sera  lu par trois jurés. Puis après 2 mois de lectures, ce seront les premiers « filtrages » et les réunions d’échanges.
Puis les recueils « nominés » par chaque groupe seront lus par trois nouveaux lecteurs, avant de dégager une « présélection » d’une douzaine de recueils.
 

Viendra alors le temps de LA Sélection de 5 à 6 recueils « finalistes » qui sera proposée au Jury final composé des premiers groupes de lecteurs, augmentés de professionnels du livre : éditeur, nouvelliste, libraire, bibliothécaire… sans oublier le lauréat de l’édition 2016. 

Alors au seuil de l’été, si la partie est finie pour la majorité, la partie continuera pour ces 5 ou 6 sélectionné(e)s qui seront informé(e)s fin juin et qui devront adresser des exemplaires supplémentaires et leur fichier informatique.
Commencera alors le temps de l’attente qui durera tout l’été… Dans tous les cas, une nouvelle extraite de chacun des recueils finalistes sera publiée dans le N° 53 de la revue Harfang qui paraîtra fin Novembre.
Pour le/la lauréat(e), le suspense prendra fin courant septembre quand le Jury final après les lectures estivales rendra son palmarès. Le recueil primé sera édité aux éditions Paul&Mike et sera présenté au public lors de la cérémonie de remise de la septième édition du Prix de la Nouvelle de la Ville d’Angers le vendredi 16 Novembre (date à confirmer) à la Bibliothèque Municipale d’Angers.
Patience !
(à suivre)

mercredi 17 janvier 2018

MEILLEURES MICRO-NOUVELLES 20177

   Pour la sixième année consécutive, notre rubrique « 100 mots pour le dire » met à la une de notre blog la «micro-nouvelle du mois ».
Chaque mois, nous sommes surpris par l’extrême diversité de genre, de ton, de style… des textes qui nous sont adressés.
Nous espérons que cette liberté et cette richesse se retrouvent dans le palmarès. Mais nous n’ignorons pas  qu’en faisant un(e) élu(e) nous faisons aussi beaucoup de déçu(e)s !
Pour 2017, le choix du comité de lecture d’Harfang (différent de celui des « micro-nouvelles ») s’est porté sur « Sylvie » de Cécile d’Estienne. Cette dernière, fidèle abonnée à la revue et à la rubrique verra son abonnement prolongé.
Mention spéciale à la micro-nouvelle de Marie-Agnès Tuscan-Ollier, arrivée en seconde position.
A relire ci-dessous.
 
Merci de poursuivre cette aventure en notre compagnie en nous adressant vos « micro-nouvelles » de 100 mots maximum (contrainte impérative) à l’adresse suivante :


       
Sylvie

C

e dimanche, en marchant au creux du sentier ombragé, son pas ne sonnait pas comme à l'accoutumé. Il était amorti par une épaisse mousse verte, ouatée et dense. Même en fermant les yeux, elle voyait encore la forêt tout en voutes suspendues au-dessus d'elle et ses hautes futaies telles les colonnes d'un temple dont les piles soutiendraient le ciel. Dans ce sanctuaire hypèthre où il régnait un silence habité de bruits feutrés, circulait, entre les troncs, un souffle humide et palpitant de sève. Les feuilles frémissaient. Son cœur battait. Sa présence, elle-même, était bue par la force végétale qui l'enserrait. 
 © Cécil d’ESTIENNE (Janvier 2017)

 
 Nuit africaine
 
L

es soirs d’infini désespoir, dans le crépuscule tropical brutal, croix du sud bijou dans le noir, la nuit africaine t'étreignait. Tam-tams sauvages sur la dune, feux de brousse attisés au vent brûlant, broche blafarde de la lune, la nuit africaine t'affolait. Étendue nue dans la moiteur, souvenir lointain d'un avant violent, engloutie dans cette noirceur, la nuit africaine t'oppressait. Sillon d'un disque ressassé, onde rassurante d'un chant puissant, tu oubliais présent et passé, la nuit africaine t'apaisait. Mal ici, mal là-bas, toujours sur le fil du funambule, tu errais de rêves en rêves, la nuit africaine t'enivrait.
 © Marie Agnès Tuscan-Ollier (avril 2017)